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Un évènement tragique ...
Le 30 janvier 2004 vers 18 heures, un
éboulement rocheux d’environ 2000 m3 s’est produit sur la route
départementale 531, environ 4,5 km en amont du village de Choranche (Isère),
au droit du premier encorbellement marquant l’entrée aval des Gorges
de la Bourne (site classé). Deux personnes ont péri ensevelies
sous les blocs rocheux. L’importance économique et touristique de
cet axe routier entre le Royans et la vallée de l’Isère,
et Villard-de-Lans et le Plateau du Vercors, a créé un contexte
d’urgence particulier.
Réquisition impérieuse devant l’urgence
de la situation ...
Pour répondre à cette situation, une réquisition impérieuse
de bureaux d’études et d’entreprises spécialisées
a été faite par Monsieur le Préfet de l’Isère
et le Conseil Général de l’Isère. La mission d’assistance
à la maîtrise d’oeuvre a été confiée
au bureau d’Ingénieurs-Conseils GEOLITHE pour la sécurisation
et le confortement de la paroi rocheuse
et
au bureau d’étude SAGE pour la reconstruction de la chaussée,
la mission SPS étant elle confiée à BECS. La société
de travaux HYDROKARST a effectué les premiers travaux de mise en sécurité
et permis aux services de secours de dégager les corps des victimes.
Des risques d’éboulement imminents ...
Les investigations géologiques immédiates (héliportées
et techniques alpines) ont permis de diagnostiquer des grandes masses en équilibre
précaire (environ 600 m3) du fait de la fracturation associée
à la décompression de la cicatrice amont de l’éboulement.
De plus, les grands surplombs latéraux étaient individualisés
par une fracturation défavorable et la suite de l’encorbellement
découpée en arrière par une fracture ouverte, menaçait
de s’effondrer (environ 900 m3).
Différentes solutions de parades ...
La faisabilité d’un tunnel a été envisagée,
mais reportée du fait des délais de réalisation de l’ouvrage
estimés à plusieurs années et des coûts très
élevés. La solution retenue consiste à sécuriser
le versant tout en conservant les caractéristiques techniques et environnementales
de l’itinéraire. Les parades sont donc : la réalisation
de travaux préliminaires de mise en sécurité du chantier
(purge, déroctage ponctuel, confortement par boulons d’ancrage,
écrans de filets pare-blocs...), le déroctage à l’explosif
des pans surplombants présentant des risques d’instabilité
très élevés, le confortement par boulons d’ancrage
précontraints des autres surplombs.
Un chantier sous surveillance ...
Les investigations géologiques ont conclu sur un risque résiduel
d’éboulement en grande masse (de l’ordre de plusieurs milliers
de m3) sur le chantier pendant la phase de foration et de déroctage.
Un dispositif de surveillance géologique par extensomètres en
forage et aérien a donc été concu par GEOLITHE et installé
par ANTEA pour assurer la sécurité du chantier. Les mesures de
déplacement sont faites en continu et transmises par radio à une
unité centrale qui gère et analyse les mesures. Le dispositif
permet ainsi de déclencher des alarmes avec une procédure d’analyse
des déplacements et d’évacuation des personnels de chantier.
Une technique de confortement innovante ...
La technique de confortement proposée par GEOLITHE consiste en la mise
en œuvre de boulons d’ancrage passifs sur lesquels est appliquée
une tension de précontrainte définitive. La nuance d’acier
des armatures utilisées est de 670 MPa. Cette nuance d’acier permet
de solliciter les armatures en cisaillement de manière similaire aux
armatures de nuance 500 MPa, tout en facilitant leur mise en œuvre et en
optimisant les quantités d’inclusions. Les armatures sont galvanisées
à chaud. L’intérêt de cette technique est de mobiliser
et pérenniser une cohésion équivalente à celle prévalant
sur le plan de glissement avant l’éboulement, en bloquant l’évolution
en dilatance de la surface de glissement. L’injection des boulons d’ancrage
est effectuée en deux phases : une première phase de scellement
de l’ancrage du boulon en arrière du plan de glissement et une seconde
phase d’injection de la longueur libre après prétension de
l’armature au vérin. Compte tenu du volume important des masses
à conforter
et
de leur géométrie principalement surplombante, la valeur de la
cohésion avant travaux a été estimée à partir
d’un calcul de stabilité inverse. Cette valeur de cohésion
au niveau du plan de glissement correspond d’une part à la géométrie
en relais entre une fracturation arrière subverticale et la stratification
et à la recristallisation ayant créé des épontes
rocheuses. Le volume des compartiments est estimé à partir de
la géométrie de la fracturation et des plans de glissement potentiels
reconnus par sondages destructifs avec inspection caméra ; sur la base
d‘une orthoprojection avec profils topographiques (cabinet géomètre
PERAZIO - levers par scanner laser 3D GS 2000). Le dimensionnement du confortement
est établi uniquement sur la base de la résistance au cisaillement
des boulons d’ancrage. Le calcul du coefficient de sécurité
global prend en compte la cohésion équivalente préva- lant
avant les travaux, pérennisée par la précontrainte des
boulons d’ancrage. Le calcul est mené à l’ELU en combinaison
fondamentale, avec application de coefficients de sécurité partiels
et prise en compte d’une épaisseur sacrifiée à la
corrosion sur le diamètre des armatures. Le coefficient de sécurité
à atteindre a été fixé à 1,5. La solution
de confortement aboutit à réaliser 250 boulons de 4 à 10
m de longueur pour un linéaire total d’environ 2200 m.
Des études et travaux réalisés
dans des délais très courts ...
Les premiers travaux de mise en sécurité ont été
menés entre les mois de février et mai 2004. Pendant cette période,
les bureaux d’études ont pu réaliser les reconnaissances
nécessaires et établir les études projet puis le dossier
de consultation d’entreprises. La consultation (marché négocié)
a été lancée début avril. Le groupement d’entreprises
HYDROKARST/ EIFFAGE TP a été attributaire du marché. Le
délai contractuel est de 14 semaines. La réouverture de la route
est donc prévue pour le début du mois d’octobre 2004.
Intégration environnementale ...
Le parti a été pris de ne pas augmenter le gabarit routier, de
conserver la géométrie générale des encorbellements,
de ne pas grillager
l’intégralité des parois rocheuses mais de plutôt les
traiter par des purges soignées. Le caractère naturel et historique
de cette portion d’itinéraire sera donc préservé.
Prévention et étude générale
de l’itinéraire ...
Le Conseil Général de l’Isère a souhaité un
diagnostic des risques naturels de l’ensemble de l’itinéraire
soit une trentaine de kilomètres entre Villard-de- Lans et Pont-en-Royans.
Cette mission, confiée au bureau GEOLITHE a permis le découpage
de l’itinéraire en 160 zones classifiées dans une base de
données selon le niveau d’aléa et les caractéristiques
des parades. Les premières opérations de sécurisation sont
en cours et un programme a été élaboré sur les prochaines
années.
Laurent CHATEL
Géologue - Guide de haute montagne
Bureau d’études GEOLITHE
